Règles et superstitions à travers le monde

Règles et superstitions à travers le monde

Un tour du monde des superstitions et discriminations liées aux règles

Impossible de faire monter une mayonnaise si on a ses règles. Interdit de marcher pieds-nus sur le carrelage. Hors de question d'arranger des fleurs en période de menstruations. Pas moyen de porter un nouveau-né. On a toutes entendu au moins l'une de ces superstitions quand il s'agit des interdits pendant les règles. Même si on sait (enfin, on espère) qu'ils ne sont plus vraiment appliqués, certains clichés ont encore la vie dure, et encore plus dans certaines régions du monde où les règles restent un tabou imprononçable et une source de discrimination très présente.

Les règles ont une histoire complexe. Pendant des siècles, elles ont fait l’objet de multiples théories médicales les unes parfois plus aberrantes que les autres, et de
croyances populaires dépassées. Celles-là mêmes qui voudraient nous faire croire, encore aujourd’hui, que le sang menstruel est quelque chose de sale, et que la femme qui le perd est potentiellement “impure” ou “dangereuse”.

Les règles sont si taboues que le sujet en lui-même n’est que très
difficilement abordé en société (oui, encore aujourd'hui). Du doux euphémisme du liquide bleu des spots publicitares télévisés aux expressions lyriques (les anglais débarquent, tante roberta est en visite...) ou dégradantes qui les
désignent, ce dont souffrent les règles avant tout, c’est d’un sérieux manque d’information et de sensibilisation (même si, OUF ! ça commence à changer !).

Un bazar silencieux aux répercussions immédiates sur la manière dont les femmes et les jeunes filles vivent leurs règles à travers le monde. Pour casser les
tabous et les idées reçues, on vous décrypte les idées les plus WTF et
les traditions les plus discriminantes qui nous donnent envie de taper dans les coussins de grand-maman : en espérant, peut-être, changer et réinventer un peu les règles, dans l'espoir de laisser un monde meilleur aux jeunes filles et aux femmes de demain.

LA FRANCE

Cocorico ! Commençons par balayer devant notre porte avant de nous en prendre aux voisins :  en France, les règles posent encore aujourd’hui plusieurs problèmes, tous connectés au tabou des règles en personne : la taxe tampon, la qualité des protections périodiques (coucou les perturbateurs endocriniens qui sont partout, y compris dans les tampons et serviettes hygiéniques), et la précarité menstruelle. Le combat s’est centré majoritairement sur la taxe tampon, jusqu’en 2015. Le but ? Faire en sorte que les protections périodiques soient taxées à hauteur de 5,5% comme les produits de première nécessité et non pas comme un produit "non-essentiel", et travailler sur des solutions pour rendre les protections périodiques accessibles et gratuites dans les lieux publics.

Car oui, même en France, les règles sont un important facteur de précarité. Quand les fins de mois sont difficiles, de nombreuses étudiantes, des femmes en situation de précarité doivent parfois renoncer à s'offrir "le luxe" de protections menstruelles et se retrouvent parfois coincées, à devoir choisir entre un repas et des tampons, et de manquer les cours ou le travail à cause de leurs règles. Et si les protections lavables semblent être une bonne solution, elles restent encore souvent trop onéreuses pour una majorité d'entre elles.

N'oublions pas non plus qu'en France, comme partout dans le monde, les règles sont encore plus difficiles à vivre quand on vit dans la rue. Comme si vivre sans toît n'était pas déja suffisamment difficile, la vie des femmes SDF est encore plus compliquée : violences physiques, sexuelles et en prime la difficulté de gérer ses règles quand on n'a accès ni à des protections, ni même à des toilettes.


AU ROYAUME-UNI

Il n'y a pas que les protections périodiques qui sont extrêmement
coûteuses, mais elles ont font définitevement partie. Elles représentent un budget annuel d’environ 500 Euros pour les femmes menstruées. Depuis quand avoir ses règles est un luxe ? (et si c'est le cas, on s'en passerait bien !)


EN ÉCOSSE

Rien à voir ici, depuis 2017, les protections périodiques sont gratuites pour toutes les collégiennes, lycéennes, et étudiantes. Bravo les Scots !

LE JAPON

Au Japon, depuis 1947, les femmes ont le droit de prendre un congé menstruel en cas de règles douloureuses, mais dans les faits, c'est très (très) rare, car dans un pays où les règles sont taboues et la productivité est reine, il peut être difficile "d'assumer" la raison de ce congé exceptionnel.

Dans le même temps, sachez qu’aujourd’hui encore, une femme ne peut pas devenir maître sushi parce qu’on considère qu’elle a un sens olfactif déréglé, à cause de ses hormones et de ses menstruations. Pour le progrès, on repassera.

Comme le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Indonésie et la Zambie ont instauré un congé menstruel en cas de règles douloureuses. Une mesure à contraster par le contexte plus ou moins sexiste ou discriminant dans lequel elle s’exerce, et qui pousse beaucoup de femmes à ne pas bénécier de ce congé.

LE NÉPAL

Au Népal, dans certaines zones rurales, parce que les femmes qui ont leurs règles sont considérées comme impures, on pratique le Chauupadi : une coutume
(pourtant interdite depuis 2015), qui consiste à mettre les femmes en quarantaine quand elles ont leurs règles. 13 jours la première fois, 7 la seconde puis au moins 4 pour le reste de leur vie, jusqu’à la ménopause.

Exilées, on considère qu’elle représentent un haut risque de contamination : elles n’ont donc pas accès à l’eau courante, ont interdiction de toucher leurs proches, de pénetrer dans une cuisine, ni même leur propre maison. En plus d'être injuste et stigmatisante, cette tradition est dangereuse : le manque d'accès à l'hyigiène que subissent les jeunes filles et les femmes pendant cette période d'isolation augmente le risque de maladies, y compris les infections gynécologiques. Les femmes et jeunes filles sont aussi plus exposées au risque de viol et de violence, car loin du reste du village et de leurs proches.

BALI

Si vous partez en voyage à Bali, sachez que vous n’aurez pas le droit de
pénétrer dans un temple si vous avez vos règles. De même, certaines
Balinaises n’ont pas le droit non plus de pénétrer dans une cuisine pour
éviter le contact avec l’eau et les aliments, et n'ont pas le droit de changer de vêtements pendant toute la durée de leurs menstruations.

L'INDE

En Inde, seulement 12% des femmes ont accès aux protections périodiques.
Une histoire de coût qui donne lieu à des conséquences désastreuses. Parce
qu’elles utilisent de la cendre, de la boue ou des chiffons pendant leurs
règles, elles s’exposent à des risques d’infection ou de maladie qui peuvent
être mortelles. Dans le même genre, dans certaines zones rurales, les
femmes doivent dormir et manger à part et utiliser une vaisselle bien
spécifique pour ne pas “contaminer” les aliments à leur contact. On est loin des period parties, parfois célébrées aux USA pour fêter les premières règles d'une fille.

LA BOLIVIE

En Bolivie, les femmes n’ont pas le droit de jeter leurs protections
périodiques dans leurs espaces publics. Pourquoi ? Parce qu’on considère
que le sang menstruel provoque des cancers et d’autres maladies. Et pour “parfaire le tableau”, sachez que les jeunes filles menstruées n’ont pas le droit de jouer avec des enfants. Parce que, surprise, surprise : c’est dangereux.

Au Kenya, au Bénin, en Inde ou encore au Népal, les règles sont un des
premiers facteurs de déscolarisation. Parce que les protections périodiques
sont très coûteuses et que les familles n’ont pas les moyens d’en procurer aux
jeunes filles qui ont leurs règles. De même, les structures sanitaires des écoles, très précaires (et souvent mixtes) sont décourageantes pour celles qui
souhaiteraient s’y aventurer.

SUR INTERNET

Sur la planète Instagram (citoyennes du monde, bonsoir) le sang menstruel
est toujours censuré à coups de suppression de posts. Une mesure qui
semble extrême et hypocrite pour de nombreuses personnes, comme la
mannequin suédoise Arvida Bystrom qui signait en 2014 une série de
photographie sur les règles intitulée poétiquement “There Will Be Blood”.

BIENTÔT UN ÉMOJI ?

On salue l'initiative de Règles élémentaires, qui milite pour la création d'un émoji spécial règles (parce que oui, à ce jour 🩸c'est bien gentil, mais dans les conversations numériques de tous les jours, ce n'est pas toujours suffisamment explicite pour faire comprendre à tous de quoi on veut parler).

Pour signer la pétition, c'est par ici.

AU-DELÀ DE NOS FRONTIÈRES TERRESTRES

Les règles, un tabou jusque dans dans l'espace (ceci n’est pas une blague). La question du tampon a été une grande source de débat pour la NASA, lors du premier voyage d’une femme astronaute américaine en 1983. Fun fact : on raconte que les ingénieurs qui travaillaient sur ce projet, auraient demandé à Sally Ride si 100 tampons lui suffiraient pour ses 4 jours de règles.